Jeremy Brett, ultime Sherlock HolmesParcours d'un acteur marqué par son incarnation du célèbre détective
Interprète du rôle de Sherlock Holmes pendant plus de 10 ans pour la chaîne britannique Granada (1984-1994), Jeremy Brett reste une référence dans les clubs "holmésiens".
Il aura fallu près d'un demi-siècle pour que Sherlock Holmes accède à un niveau d'interprétation supérieur à la télévision : cinquante années de tentatives depuis 1937 -époque de la télévision expérimentale- ayant vu défiler toute une galerie d'acteurs au talent variable (de Ronald Howard à Peter Cushing). Une incarnation délicateTrop souvent, le personnage du détective-conseil londonien avait été dépeint comme un homme d'une intelligence exceptionnelle relayée sur le terrain par un dynamisme sans faille. Seules quelques facettes atypiques de sa personnalité avaient parfois été évoquées : son mode de fonctionnement très autocentré, par exemple, était souvent dépeint comme devant impliquer un docteur Watson quasi-imbécile. Avec la mise en chantier d'une nouvelle série télévisée par la chaîne câblée anglaise Granada, au début des années 80, le pari est pris d'un retour aux sources d'un personnage dont le mythe l'avait peu à peu éloigné. Ceci impliquait en premier lieu le respect des dialogues écrits par Conan Doyle, mais également une recherche approfondie pour reconstituer les décors, les costumes et plus largement toute l'ambiance victorienne. Enfin et surtout, il s'agissait de restituer le personnage dans sa totalité ; y compris ses aspects les moins populaires. La bonne surpriseLe résultat est d'autant plus bluffant qu'au départ Jeremy Brett avait été peu favorable à l'idée de jouer ce rôle : ses lectures d'enfance lui avaient laissé un souvenir presque ennuyeux du détective de Baker Street... Le résultat ? Un Sherlock Holmes tel qu'il ressortait des aventures publiées, c'est-à-dire avec une redingote et un haut-de-forme, parfois même un feutre, une cigarette à la bouche... autant d'éléments qui n'allaient pas de soi, et en tous cas qui n'allaient pas dans le sens d'une accroche télévisuelle racoleuse. Mais c'est surtout sur le plan relationnel que l'effort du comédien a été le plus sensible et son apport novateur : au fil des épisodes, le public a redécouvert chez Sherlock Holmes toutes les faiblesses qui caractérisent un être humain au même titre que ses qualités. En effet, chez lui, la déférence et la politesse sont tout justes minimales : peu lui importe l'appartenance socio-économique de ses clients. Pour lui, un lien avec l'aristocratie et l'armée n'est pas plus un gage de droiture ou de probité. Anxieux, souvent tendu à l'extrême, Holmes demeure d'ailleurs quelqu'un de résolument raide dans ses rapports à autrui, y compris avec le docteur Watson, pourtant peut-être son seul véritable ami. Souvent replié sur lui-même durant de longues phases de déprime, Sherlock Holmes est alors inabordable et résolu à assumer son vice de cocaïnomane, seul rempart contre l'ennui et la banalité de l'existence... Une aura post mortemL'acteur Jeremy Brett aura bien compris toute l'ambiguïté du personnage, sa fragilité due à une névrose de type cyclothymique, son rapport difficile à l'existence, à autrui et à son propre corps. Malheureusement, cela n'aura pas été sans mal : jouer un névrosé s'est rapidement révélé éprouvant pour le comédien. Usé par son rôle et malmené par le destin (il perdit sa seconde épouse en 1985), celui qui tant bien que mal venait de recevoir en Grande Bretagne le titre de "definitive Sherlock Holmes" en 1994 à l'occasion des dix ans de la série nous préparait déjà son "dernier coup d'archet"... En disparaissant brutalement en septembre 1995 à l'âge de 62 ans, Jeremy Brett continua de coller au plus près du personnage qui l'avait rendu célèbre les dix dernières années de sa carrière. Il se retira du jeu comme lui jadis dans les chutes de Reichenbach, en pleine possession de son art. Une légende prend son envol... [L'intégrale de la série tournée par Jeremy Brett est disponible en DVD]
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Commentaires 17 févr. 2010 23:42
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